Le travail du son : Part 2

(L’utilisation d’un casque est conseillé pour pouvoir au mieux comprendre les extraits sonores)

Salut à tous !

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour le deuxième épisode de cette série consacrée au travail du son.
Pour celles et ceux qui n’ont pas lu la première partie, c’est par ici, et pour les autres, allons-y !

Souvenez-vous, nous avions dépouillé nos pistes de certaines résonances nuisibles. Mais pour autant, le nettoyage n’est pas terminé. Justement c’est ce que nous allons faire aujourd’hui.
Jusque-là nous avions travaillé chirurgicalement sur certaines fréquences précises, maintenant nous allons nous attaquer à des zones de fréquences pour sublimer les instruments, leur donner le petit coup de pouce qui va faire toute la différence !

Sublimer les instruments… il est marrant lui… on fait ça comment ?

Et bien déjà, il y a une chose presque systématique à faire : les « Low cut ». Si vous n’avez pas fait de maîtrise d’anglais, je vais vous traduire ça par « coupe bas ». En effet sur notre EQ (encore lui) on peux, et même on va, « couper » les fréquences les plus basses (les fréquences graves donc). Même si on on ne les entendra pas forcément, elles ont un rôle assez important.

Avant tout, il y a une chose intéressante à savoir et même à constater. L’oreille humaine parfaite est capable d’entendre de 20 hertz à 20 kilohertz. Evidemment avec l’âge et bien d’autres facteurs cette tessiture se dégrade.
Mais faisons une petite expérience. Cette vidéo nous propose d’écouter un signal audio linéaire qui va balayer (passer en revue) toutes les fréquences de 20 Hz à 20 KHz. Essayez de faire attention aux basses fréquences, comment vous les percevez etc.

Pour ma part, tout ce qui est avant 50 Hz est plus de l’ordre du ressenti que véritablement de l’écoute. Un peu comme dans un concert où vous ressentez les basses dans votre poitrine. Et bien là c’est un peu pareil sauf que le ressenti n’est pas dans la poitrine.

Maintenant regardons du côté de l’enregistrement de ces sons. Les micros que l’on va utiliser pour enregistrer ont la même réponse en fréquence que l’oreille humaine, et quand on enregistre un instrument directement branché sur une carte son, cette dernière enregistre également toutes ces fréquences et va même au-delà.
Le problème c’est que, comme vous avez pu le constater, même si l’on « entend » pas spécialement ces fréquences, elles sont là et sont ressenties ! Dans notre morceau, on a presque 50 pistes qui génèrent donc ces petits bourdons très légers dans les très basses et basses fréquences. Le cumul de tout fait que ça peut facilement créer une bouillie sonore en arrière-plan. La conséquence sera de perdre en définition dans les sons graves.
Donc : Low cut !

Comme à chaque fois, le but du jeu sera d’éliminer un max de fréquences qui ne servent à rien pour l’instrument en question. Par exemple pour notre mandoline, je crois qu’on est tous d’accord que ce qui la caractérise ce n’est pas la profondeur de ses basses. Bon alors on peut y aller assez franco !
On va donc partir de 20 Hz (donc on fait rien a ce stade-là) et faire un balayage pour savoir jusqu’où on peut « couper ». Comme d’hab’ il ne faut pas dénaturer le son de l’instrument, mais en enlever assez pour que l’opération soit efficace. Ici la mandoline joue un rôle assez précis. Elle amène juste de la richesse dans les medium-haut medium. Les instruments comme la guitare et le piano s’occuperont d’enrichir l’espace un peu plus bas dans le spectre, et les instruments « basses » comme le nom l’indique, s’occuperont de ce qu’il y a encore plus bas avec également la grosse caisse de la batterie ! (il faut que tout ait sa place sans se nuire, souvenez-vous).

Écoutons ça !

On commence donc avec le filtre à 20 Hz, donc inactif, puis, pour que vous compreniez bien le rôle de ce Low cut, j’ai balayé jusqu’à plus de 2 KHz. Ensuite je suis redescendu à des valeurs plus raisonnables jusqu’à me stabiliser aux alentours de 160 Hz. Ensuite j’ai fait des tests avec et sans Low cut pour voir le résultat. Vous n’entendez pas la différence ? C’est normal. J’ai coupé très peu de choses au final, mais comme je disais c’est l’accumulation qui va créer un résultat vraiment tangible (même si c’est audible pour une oreille aguerrie).
Pour être bien clair, je reprécise qu’ici ce sont toutes les fréquences en dessous de 160 Hz qui vont être fortement atténuées (soit « coupées ») par le low cut.
C’est une opération à effectuer systématiquement sur tous les instruments, sauf évidemment ceux qui sont là pour nous amener ce type de fréquences.
Voilà !

Restons sur la mandoline et restons sur le nettoyage puisqu’on va maintenant s’occuper de ces fameux groupes de fréquences.
La manière d’enregistrer un instrument va avoir des répercussions sur l’équilibre spectral du son final, et l’acoustique de la pièce dans laquelle il a été enregistré peut donner une couleur au son dû à la réverbération (pour vous montrer clairement la répercussion de la reverb sur le son, je crois qu’on ne peut pas faire mieux que cette vidéo). Ça peut rendre de drôles de sensations comme une impression de son « renfermé », qui manque d’air, ou qui n’est pas super propre etc. Le but va être de redonner à l’instrument un côté plus propre et de sublimer ce pourquoi il est fait.

Mandoline

Là où précédemment nous visions des fréquences particulières, ici nous allons y aller plus globalement, toujours avec notre fidèle EQ. Vous pouvez le voir par rapport aux zones en vert, qui sont les zones ou je diminue le niveau des fréquences. Dans l’article précédent nous avions des pointes précises, ici nous avons des courbes moins agressives.
Sur cette mandoline j’ai trouvé 4 zones à problèmes entre les 500 Hz et les 1.5 KHz. Dans l’extrait sonore suivant je vais d’abord jouer la piste « propre », puis enlever tout mon travail d’un coup, pour les remettre petit à petit dans l’ordre (les points 1, 2, 3, 4 sur le graphique)

Ici le résultat est assez audible quand ont fait l’avant-après. Encore une fois, on fait ça sur toutes les pistes où l’on entend ce genre de problème.
Mais il faut avoir toujours une chose en tête quand on travaille sur ces fréquences-là, c’est le rapport d’équilibre qu’il y a entre elles. Par exemple, si j’atténue les graves, les aigus vont prendre le dessus et vont être mis en avant. Un peu comme une balance. Mettez un poids dans le récipient de gauche, celui de droite va monter !
C’est aussi comme ça qu’on sublime un instrument. Parfois, au lieu d’accentuer les fréquences flatteuses, il vaut mieux atténuer les « fréquences miroir », qui vont permettre de donner plus de place à ces fréquences flatteuses.

Nettoyer, balayer, astiquer …

Promis, on touche au but avec cette histoire de nettoyage !
Ici, nous alors surtout nous occuper de la batterie puisque… comment dire… c’est un instrument assez spécifique à enregistrer.

Drums record mic

Session d’enregistrement d’une batterie avec tous les micros visibles.

Vous êtes d’accord qu’on capte les sons des instruments acoustiques avec des micros, et vous êtes également conscients qu’un micro capte tous les sons dans un certain champ d’action (suivant sa directivité et sa sensibilité).
Comme les éléments d’une batterie sont très proches les uns des autres (sinon ça ne serai pas humainement jouable) chaque micro enregistre ce pour quoi il a été placé, mais également tous les sons des éléments qui se trouvent à proximité. Par exemple, le micro de la caisse claire va également enregistrer les cymbales etc.
Forcément ça a des avantages et des inconvénients. Comme avantages, et bien le son de tous les éléments de la batterie est plus lié et forme un tout cohérent et uniforme. On n’entend vraiment qu’un seul instrument et non dix éléments séparés. Les inconvénients c’est que qu’on va manquer de propreté, de précision et de maîtrise sur chaque élément. Autre chose, le son met un certain temps pour parcourir une certaine distance. Si trois micros sont placés à des distances différentes de la source, ils vont capter le son de manière légèrement décalée. L’impact d’un coup de caisse claire sera forcément atténué puisqu’il durera plus longtemps (puisque réparti entre la source qui capte le plus tôt, et celle qui capte le plus tard) et donc la sensation du pic d’intensité, l’énergie en gros, va en pâtir.

Tout est alors une histoire de compromis.
Si il y a bien deux éléments importants sur une batterie, c’est la grosse caisse et la caisse claire (les fameux « poum…tchak »). Ce sont eux qui donnent bien souvent le rythme d’un morceau, il faut donc que ces éléments ressortent, soient plus précis et aient plus de définition.
Nous allons donc prendre comme exemple notre caisse claire.
De la manière dont elle a été enregistrée, on entend assez bien le kick et les toms, mais on peut également entendre les cymbales crash et un peu de charleston. (Si vous ne connaissez pas ces termes c’est pas grave. On entend beaucoup de choses en gros.)

Malgré tout, ce que le micro dédié à la caisse claire a le mieux capté, c’est évidemment la caisse claire, et le reste, bien que présent, est à un niveau sonore plus faible.
Et c’est là, maintenant, sous vos yeux ébahis, que nous allons pouvoir utiliser un « Gate ». Cet outil permet de supprimer tous les sons qui n’atteignent pas un certain niveau sonore. Ce certain niveau sonore est évidemment réglable et on va le paramétrer pour que le gate coupe ce qui a été moins bien capté que la caisse claire de sorte à ne garder qu’elle. Malin non ?!

(l’extrait sonore ne veut pas s’afficher mais vous pouvez cliquer sur le lien pour y avoir accès.)

J’ai donc commencé sans le Gate, puis je l’ai activé. N’allez pas me dire que vous n’entendez pas la différence là par contre !
En supprimant et laissant intelligemment ces fonds sonores, nous pouvons créer un compromis idéal entre l’unité et la cohérence de l’instrument et le fait d’avoir un son propre et précis.

Je précise aussi qu’il n’est pas toujours nécessaire de nettoyer tout ça. Si on veut un rendu type concert, alors il vaut mieux laisser brut, mais si on veut un morceau très propre et sonner comme un morceau d’album standard, il vaut mieux nettoyer un peu. N’oublions pas que ce sont là des généralités et/ou des éléments adaptés au contexte de ce morceau.

C’est ainsi que s’achève ce deuxième article consacré au nettoyage d’un projet. J’espère avoir été clair, n’hésitez pas à poser des questions, commenter, faire des suggestions et sur ce je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode où l’on verra l’étape la plus importante d’un mix !

-W-

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