Un article inspiré

Hum, donc oui, cet article était prévu pour la  semaine dernière, je le reconnais, mais entre mon goût pour la procrastination et mon incapacité totale à composer quelque chose de léger compte tenu des circonstances, me voici avec une semaine de retard (EDIT : deux en fait, car j’ai mis une semaine pour composer cet article, et une autre pour le corriger). Enfin, quand je dis léger… Car oui, contrairement au célébrissime article sur le ukulélé, celui-ce aura du… FOND (non ne partez pas !). C’est qu’il s’agit (exceptionnellement) d’un domaine que je maîtrise, car l’inspiration touche tout aussi bien le musicien que l’auteur (c’est là que je me place en toute modestie, tout à fait), le peintre, le couturier, l’ébéniste, le maquilleur, le designer… En fait, il serait épuisant et inutile de lister l’ensemble des professions concernées car l’inspiration peut toucher chacun d’entre nous (si tu n’es pas d’accord avec ça, il est peut-être temps de te poser des questions sur ta vie). J’avais par exemple une amie dont l’art consistait à faire des cadeaux extraordinaires tant dans le contenu que dans la mise en scène. Quant à moi, je n’ai jamais été fichue de faire un paquet cadeau correctement (mais comme je n’ai jamais eu l’intention de participer à la Meilleure Femme d’Intérieur de France, je le vis bien).

Lors de mes années fac, l’un des grands sujets abordés fut, de façon totalement inattendue pour une école d’orthophonie, l’écrit. Avec cette question clé : « l’art est-il un don divin? ». Je ne vais pas vous refaire mon cours de l’époque et je vais directement vous donner mon opinion sur le sujet (ALERT DICTATURE) : non, absolument pas. D’abord parce que le simple fait de créer demande un travail et un apprentissage sous-jacents. En effet, la création artistique est pour moi le subtil mélange entre la maîtrise technique et le lâcher-prise : l’inspiration guide, mais l’absence de technique ne doit pas être un frein. Un ami m’a un jour demandé pourquoi je n’écrivais pas en anglais. Et bien… parce que je n’ai aucun vocabulaire, déjà. Et que contrairement à ce que certaines personnes de mon entourage ont l’air de penser, l’écriture est un art un peu plus abouti que d’écrire des phrases les unes à la suite des autres. Certes, à l’heure actuelle tout le monde peut avoir un blog ou se prétendre auteur (j’en fais partie, tout va bien) sous prétexte qu’il poste sur internet et possède une page facebook. Sauf que le don divin n’existe pas, on ne naît pas auteur ou musicien. Certes, on peut avoir des facilités en fonction de notre éducation, de notre culture et de l’âge auquel on a commencé, mais le talent c’est surtout accepter que le premier jet est rarement le bon et qu’un écrit, une composition, une création quelle qu’elle soit se travaille et se retravaille.

*réalise qu’elle s’est substantiellement éloignée du sujet et règle des comptes personnels au lieu de répondre à la question*

*toussote d’un air gêné*

Oui, donc, comme je disais, pour moi l’inspiration peut toucher n’importe qui, pour peu que cette personne soit ouverte à la création. Je ne pense pas, loin de là, qu’il y ait une seule bonne façon de faire ou un seul processus artistique. Je sais que chacun fonctionne différemment et loin de moi l’idée de vous imposer un modèle de pensée (ce qui serait absolument contre-créatif), mais je souhaiterais partager avec vous mon propre fonctionnement, tout comme je suis curieuse d’en savoir plus sur vos processus créatifs en commentaire. J’ai compris depuis un certain temps déjà que l’inspiration est fluctuante et se nourrit un peu à notre insu. On peut traverser de longues périodes sans qu’elle ne pointe le bout de son nez et par expérience, rien ne sert d’insister dans ces moments-là parce que tout ce qu’on produira alors sonnera artificiel et forcé. je crois n’avoir jamais gardé un seul passage écrit dans ces conditions. Même pour la relecture, ce n’est pas l’état d’esprit adéquat. Par contre, il m’est déjà arrivé d’écrire dix-sept pages d’affilée et de me relire sans comprendre comment j’avais pu produire quelque chose d’aussi fouillé. J’ai donc cessé de me forcer et je profite désormais des périodes plates pour écouter de la musique, lire des livres, regarder des films, me promener et nourrir mon esprit sans arrière-pensée. C’est aussi l’occasion d’amasser des informations et de faire des recherches qui me seront utiles pour plus tard. (Vous avez raison, je ne connais pas la pression de l’éditeur, mais j’ai écrit mon mémoire en un mois. NA.)

Par contre, s’il y a autre chose que j’ai compris assez rapidement, c’est que l’inspiration est une espèce de maîtresse exigeante : elle donne tout tout de suite, avec une abondance et une générosité incroyable, mais lorsque c’est fini, c’est FI-NI. Et quand l’idée vient à 23h30 alors que vous devez vous lever à 7h le lendemain, inutile de vous dire « non mais c’est bon je m’en souviendrai demain », parce que c’est faux. Victor Hugo himself avait fait installer une tablette amovible au niveau de son lit pour pouvoir écrire en plein milieu de la nuit (et aussi un système de miroirs pour pouvoir mater discrètement les servantes, si mes souvenirs sont bons, mais c’est une autre histoire). Donc autant vous y faire, rallumez les lumières et préparez les en-cas, parce que vous n’êtes pas près de vous coucher.

Pour vous donner un exemple personnel, ça fait des mois que je suis incapable d’écrire autre chose que des articles, j’ai un regain d’inspiration complètement fou depuis les attentats du 13 novembre (aurais-je délaissé le blog pour des projets plus grands plus forts ??? Vous ne le saurez jamais MOUHAHAHAHA). Après, c’est peut-être que j’ai la trouille de mourir sans avoir jamais rien écrit, allez savoir. Mais je suis profondément convaincue que l’art aide à sublimer la peur et à rendre supportable l’horreur. C’était d’ailleurs l’objet de mon commentaire au concours d’entrée de l’école de Strasbourg (non, je ne suis absolument pas obsessionnelle).

Il n’y a qu’à voir la série Girls. Je l’ai suivie dès sa sortie et je passais mes journées et mes articles de blog à la descendre parce qu’elle me sortait littéralement par les yeux. Je voyais ces gens se débattre avec leurs névroses, et je me demandais en quoi les gens normaux de la vraie vie pouvaient se retrouver là-dedans. Mais ça, c’est juste parce que je croyais ne pas avoir de problèmes (c’est mignon je sais). Poussée par une excellente amie (coucou Doraaaaaaa), j’ai décidé de reprendre Girls du début avec un regard neuf, moins de préjugés et Wyhman, qui étonnamment a bien aimé (pour moi cette série n’est vraiment pas pour tout le monde), mais a tout de même constaté qu’elle était anxiogène. Et bien voyez-vous, en direct et devant nos 11 lecteurs réguliers je ne m’en cache pas, je ne suis pas d’accord avec mon collègue ! (ça se voit qu’on n’est pas en train de parler musique). En fait, je trouve même que cette série me fait un bien fou, certainement parce que je la regarde avec l’affection d’une névrosée en rémission. Car je suis définitivement en rémission. Et moi ce que je vois à l’écran ce sont de jeunes paumés qui essaient de négocier le passage à l’âge adulte et utilisent l’art pour noyer leurs angoisses et trouver leur place dans le monde.

Ainsi donc il faut savoir, à l’instar de nos amis les scouts, être toujours prêt et ce en toutes circonstances ! (on ne parle pas de se balader les poches pleines de préservatifs non…). Par exemple là moi, à cet instant même, en pleine écriture de mon brouillon d’article, je suis en train de paniquer parce que je réalise que je n’ai pas pris assez de papier au boulot pour aller au bout de ma pensée. Ah oui, c’est vrai que j’ai oublié de vous le dire, mais je suis définitivement le genre de fille qui aime le format papier. A tel point qu’après avoir essayé d’écrire toutes mes idées en vrac sur mon téléphone, j’ai fini par ressortir mes vieux carnets (tous ceux que j’avais acheté pour les transformer en journaux intimes ou carnet de voyage, alors que je n’ai plus de temps ni pour l’un ni pour l’autre depuis mes 22 ans) et leur assigner un vrai job. Pour être tout à fait honnête, je ne savais pas vraiment si ça marcherait car je suis du genre dilettante qui s’égare très rapidement, mais finalement mes deux carnets ont pris une place prépondérante dans ma vie et ils m’accompagnent désormais partout où je vais.

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Mon premier carnet est suffisamment petit pour rentrer dans une pochette en tissu qui contient tout ce dont je peux avoir besoin au quotidien : rib, carnets de chèques, passeport, timbres, mini carnet d’adresses, ordonnances, clé usb, médiators… (autant vous dire que je préfèrerais qu’on me pique mon portable plutôt que cette pochette). Il m’accompagne partout et j’y note tout ce qui me vient en vrac : des tournures de phrases, des bribes de paroles de chansons, des concepts à développer, des détails à transmettre à mon médecin, des idées d’articles… Rien de vraiment organisé, mais c’est le carnet que je sors à 1h du matin lorsque l’inspiration frappe. Celui où je pars sur une phrase sans raison et où, suivant l’inspiration sans me poser de questions, j’arrive parfois à quelques brillantes illuminations.

Le second carnet est également un fourre-tout, mais plus organisé et officiel. J’y note mes différents projets qu’ils soient personnels, professionnels ou artistiques, avec en haut de pages quelques citations qui correspondent à mon état d’esprit du moment. J’y liste tout ce dont j’ai besoin pour me lancer dans un nouveau projet, j’y décris en long et en large la psychologie d’un personnage, j’y colle des images inspirantes et j’y note les analyses de mon comportement et de mes réactions qui sont, à en croire Wyhman, d’excellentes inspirations pour des paroles de chansons (et effectivement c’est apparemment comme ça que tout le monde fait dans les séries).

Et puis, parce que je suis quelqu’un de très sensible à l’environnement, j’essaie de m’imprégner de l’ambiance que je veux reproduire. J’ai besoin de bruit pour écrire. Ça peut être un film en fond sonore, de préférence en accord avec l’ambiance que je veux reproduire, ou de la musique. Et histoire d’accentuer l’imprégnation, je me suis créé un tumblr sur lequel je ne vais que lorsque j’en ai besoin pour trouver images, citations et musiques en accord avec ce que je cherche à écrire. C’est un peu mon tableau d’inspiration.

Pour moi l’art engrange l’art. C’est un cercle vertueux dans lequel il est difficile d’entrer, que ce soit par peur de l’erreur, de l’échec, et bien souvent aussi de la réussite, mais dont on ne sort pas aisément lorsqu’on a osé pousser la porte et qu’on a insisté pour s’y installer. Au fond, l’art n’est rien de plus qu’une tentative.

H.

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Une réflexion sur “Un article inspiré

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