Le marketing selon Venus

AVERTISSEMENT : Cet article contient cinq références culturelles et une mention à Sous le soleil. Âmes sensibles s’abstenir.

Oui oui je sais, cet article a deux semaines de retard. Deux semaines pendant lesquels le blog sembla à l’abandon. Promis, on ne recommencera plus *toussote*. Alors évidemment, on ne vous a pas oubliés, mais Wyhman a une formation très importante durant laquelle il n’a guère le temps de prendre ma place (et c’est de toutes façons pas dit qu’il en avait envie). Quant à moi, j’ai été fort occupée par la coupe du monde de rugby la rentrée, et c’est ce week-end que j’ai décidé que le travail et les histoires de grandes personnes n’allaient pas m’empêcher de faire ce dont j’avais vraiment envie : m’énerver. Et donc comme promis, voici mon coup de gueule de la rentrée.

Certes, il est probable que peu d’entre vous connaissent ou ne s’intéressent au groupe dont je vais parler, mais ça tombe plutôt bien, parce que je ne compte pas faire de revue (et on connait tous mon talent en la matière). Mais en soi ce n’est pas très grave parce que c’est mon blog et que j’écris ce que je veux et que (ça fait beaucoup de « et que », j’en conviens) il s’agit avant toute chose de dénoncer une dérive marketing qui m’horripile au plus haut point.

Sachez toutefois, si jamais ce groupe vous tape dans l’oreille, que les membres se sont séparés et que c’est bien là tout le sujet de cet article. Les séparations, au sens musical du terme ou pas, sont on ne peut plus courantes, et ce n’est jamais joli-joli. Car comme le dit si bien Marcel Proust « Il est vraiment rare que l’on se quitte bien, car si l’on était bien, on ne se quitterait pas » (il était vraiment plein de bon sens ce petit).

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« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Antoine de Saint-Exupéry

(Je me trouve très cultivée cette semaine.)

Le groupe dont je vais vous conter l’histoire (au sens littéral du terme) s’appelle The Civil Wars, et nous conviendront ensemble que le nom est parfaitement adéquat. Je les ai personnellement découvert par le biais de la bande originale de The Hunger Games (oui, bon) avec notamment ce titre :

Alors certes c’est intimiste (on fait difficilement plus simpliste niveau arrangements que guitare/voix)(Dieu merci Wyhman est trop occupé pour nous donner son avis sur le sujet) et à peu près aussi optimiste que Paco Rabanne un 20 décembre 2012, mais c’est la signature artistique du groupe. Ils avaient d’ailleurs pris l’habitude d’annoncer en début de concert de préparer les mouchoirs (peut-être même qu’ils avaient fini par prendre des actions chez Kleenex, sait-on jamais). Malgré tout, je trouve à ce groupe beaucoup de charme et ils ont tous deux de très belles voix qui se marient parfaitement bien. Taillés pour faire pleurer dans les chaumières, tout simplement. Et comme vous allez pouvoir le constater, la demoiselle sait transférer ce talent dans la vie de tous les jours.

Replaçons le contexte si vous le voulez bien : le groupe est composé de Joy Williams et John Paul White, tous deux auteurs-compositeurs et mariés chacun de leur côté (non mais si, ça a de l’importance). Ils se rencontrent en 2008 à Nashville et le courant passe immédiatement entre eux, tant et si bien que tout leur entourage s’émerveille de l’alchimie on stage (et off stage ?).

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Nate Yetton, Joy Williams, John Paul White et sa femme, Jenny White.

Nate Yetton n’est pas seulement le mari de Joy, il est également le manager du groupe. Non mais je sais ce que vous allez me dire, la suite est à peu près aussi prévisible qu’un épisode de Sous le soleil.

En novembre 2012, alors que mon oreille était à l’état larvaire, j’ai découvert ce groupe que j’appréciais vraiment (chose très rare pour moi à l’époque) et, emballée à souhait à l’idée de me rendre à un concert, j’ai offert à une de mes amies une place pour aller les voir avec moi. Je vous laisse imaginer notre désappointement lorsque la nouvelle tomba : le concert était annulé pour cause de profond désaccord dans le groupe, et ledit groupe était en hiatus. Pour ne pas attendre la fin de la tournée, il fallait que quelque chose de grave se soit passé (parce que bon pour les fans c’était un peu moyen tout ça quand même…). Effectivement le groupe a fait un break (et comme dans un couple, c’est jamais super bon signe), ce qui ne les empêcha pas de sortir un dernier album en 2013, suite auquel ils se séparèrent pour de bon en août 2014.

Cette séparation intrigua, mais comme dans le cas de nombreuses séparations de groupes, on aurait juste pu en rester là et écouter leurs albums avec des larmes dans les yeux (remarquez que c’était déjà le cas avant) en pensant à tous les concerts qu’ils ne feraient pas et les albums qu’ils ne sortiraient plus. Sauf que ç’aurait été trop simple. Alors que John Paul White se contenta d’un message d’adieu fort concis sur leur site en accompagnement d’un titre gratuit au téléchargement pour remercier tous leurs fans, c’est Joy Williams qui se lança dans la publicité de leur dernier album d’une façon absolument brillante, il faut le reconnaître.

Soyons honnête un instant, voulez-vous. Lorsqu’un groupe composé uniquement de deux êtres de sexe opposé avec une telle alchimie sur scène se sépare, on imagine tout de suite que l’histoire dépasse la simple perspective artistique, et que des rapports bien plus personnels sont venus fausser la donne. Alors certes, ce sont des suppositions intéressantes pour les amoureuses de potins, surtout que leurs chansons ne parlent que d’amour et qu’il est facile de spéculer à partir de là. Mais vous admettrez aussi que les raisons de leur rupture ne regardent personne d’autres qu’eux, et que tout le monde s’en serait remis si Joy Williams avait réussi à parler d’autre chose dans ses interviews. Parce qu’elle en a donné des interviews ! Toutes plus faussement sybillines les unes que les autres, destinées dans la majorité des cas, non pas à donner la moindre explication aux fans, mais à nous faire acheter jusqu’à son propre album, tout en étalant une histoire on ne peut plus privée que, bien que ce soit triste à admettre, je commence à mettre en doute, étant plus que gavée par l’insistance et l’utilisation abusive de la chose par la demoiselle.

Mais je m’avance (conseil aux blogueurs débutants : éviter les articles coups de gueules quand on est déjà de mauvais poil à la base). Ainsi donc, au lieu de répondre à la question que tout le monde pose, Joy Williams donne des éléments de réponses destinées à aiguiser notre curiosité plutôt qu’à étancher notre soif de potins (et puis bon, soyons honnête, c’est un mystère un peu moins profond que celui de la bête du Gévaudan, on aurait normalement dû passer à autre chose au bout de deux mois) :

« Over the next hour, Williams will laugh and cry and express a range of emotions from pride to fear and hope as she talks about the status of her Grammy Award-winning duo with John Paul White and their new self-titled second album. »

« we created it together — we just happened to be in a bit of a civil war ourselves. »

« I think our marriages suffered, » Yetton said. « I can’t speak for John Paul, but I know Joy and my marriage suffered. We’ve always been very close, but we had to really reconnect. »

« This is my life, and my life is on this album. And if you want to know what happened to the band, listen to the album. »

Plutôt que de nous donner la réponse, Joy Williams nous encourage à aller la trouver nous-mêmes… dans leur dernier album ! Avouez que c’est brillant. Alors bien que je ne cautionne pas du tout le procédé, la grande curieuse qui est en moi, la blogueuse engagée, dirais-je même, est allée chercher la réponse pour vous (qui n’en aviez rien à foutre jusqu’à maintenant) (c’est la vie).

Donc résumons… Joy et John tombent follement amoureux approximativement après le premier album (c’est pas non plus une science exacte), comme le laisse sous-entendre cette chanson, écrite entre les deux albums et ajoutée progressivement aux tournées. C’est même leur seule chanson joyeuse et l’ouverture de nombre de leurs lives (juste au cas où vous vous demandiez ce que j’écoutais en rédigeant ce fascinant article) :

Donc en gros « Oh là là je l’avais pas vu venir notre histoire d’amour ! Non mais regarde ce que tu as fait ! (parce que je suis mariée et que j’ai un enfant donc c’est un peu la merde quand même) » (comment ça j’extrapole ?) Cette chanson est un peu le prologue, elle pose l’histoire, mais décortiquons un peu leur dernier album pour voir comment tout ça s’est réellement passé… (il vous suffit de cliquer sur le titre de la chanson pour avoir accès à la musique) :

Dust to dustTu n’as plus besoin de faire semblant, je sais que tu souffres et que tu te sens seul(e), laisse-moi t’aider. Crois-moi, je connais.

Deux souffrances se croisent et se trouvent (c’est beau).

Devil’s backbone :  Je suis tombée amoureuse d’un bad-boy et je sais que je devrais pas mais je l’aime-euh, quel que soit son casier judiciaire.

Avec cette magnifique phrase en bonus « je suis tombée amoureuse de quelqu’un qui n’a rien à voir avec toi ». (Subtil message à leurs moitiés respectives ?)

From this valley : Oh, je t’en supplie, viens me libérer de cette vallée d’ennui pour m’emmener vers des cieux un peu plus bleus.

Mon couple me fait chier et je sens qu’avec toi ça pourrait être plus rigolo.

Sacred heart : C’est l’histoire d’une nana qui attend un mec et se demande s’il va venir pour elle et s’il ne vient pas c’est uniquement parce que trois truands multirécidivistes qui venaient de braquer une banque l’ont pris en otage. Poursuivis par tous les flics du département, ils ont réussi à les semer mais lui a provoqué un accident. Quand il a repris conscience il ne se souvenait de rien. Un routier, ex-taulard, l’a pris en stop et le croyant en cavale, l’a planqué dans un container en partance pour Istanbul. Là, il est tombé sur des aventuriers afghans qui lui ont proposé de partir avec eux pour voler des têtes de missiles soviétiques. Mais leur camion a sauté sur une mine à la frontière du Tadjikistan. Seul survivant, il a été recueilli dans un village de montagnards et il est devenu militant Moudjahidin.*

Après s’être lancé de subtils et musicaux appels du pied, elle va l’attendre au Sacré Coeur (parce que c’est bien connus que tous les couples concluent à Paris, sinon c’est pas romantique) mais viendra-t-il ?

I had me a girl :  Il y avait cette fille, qui m’a appris à prier jusqu’à ce que j’en redemande encore et encore. Il y avait ce mec, qui m’a lavée de tous mes péchés. Et sinon, combien d’euphémismes est-ce qu’on peut caser dans cette chanson ?

Ah ! que cette nouvelle relation m’apporte de choses comparées aux précédentes !

Oh HenryYo, Henry, on raconte que tu batifoles à droite à gauche mais moi, je t’aime et tu m’as juré fidélité et tout, alors dis-moi que c’est pas vrai.

Hmmm là est-ce un problème entre eux deux ? ou Jenny qui vient poser des questions à ce cher John Paul ? (The Civil Wars, l’album roman-photo de l’année.)

Eavesdrop : Pourquoi ça devrait se terminer, je veux juste rester là, dans tes bras, à faire des métaphores super romantiques en rapport avec la lune et les étoiles.

Ça sent le sapin les amis.

Same old same old : Oui, je t’aime, mais si tu crois que je vais accepter qu’on continue comme ça, tu te fourres le doigt dans l’œil, je me tire.

Jingle bells, jingle bells 
Jingle all the way !

The one that got away : En fait, je préférais quand tu me désirais de loin, et il aurait peut-être mieux valu que les choses en restent là.

Tell Mama : Tu es tombé amoureux d’une fille, mais en fait, c’était une garce qui te traitait mal et qui t’a jeté pour un autre. Raconte tes malheurs à ta maman qui t’aime.

Joy Williams serait-elle une connasse ? Vous avez trois heures.

D’Arline : Tu es parti(e), mais je voudrais te dire que je n’aimerai toujours que toi.

Subtil, vraiment.

Alors non, je ne suis pas choquée par le contenu de cet album (j’ai survécu aux cours d’éducation sexuelle en 5ème, je n’ai plus peur de rien) mais par le fait que poum, ils étalent ça au grand jour. Pas dans les interviews hein, mais bon, je ne vois pas quelle autre histoire raconte cet album (ou alors ils sont allés trop loin dans la métaphore pour mon intellect). Mais après tout, on va dire que cette histoire est derrière eux et qu’on va enfin pouvoir passer à autre chose.

« Williams was intent to actually pierce the veil of metaphor and an imagined history and tell a more honest, human story of one woman’s journey out of darkness. »

« Over 11 unstintingly honest songs, she unabashedly recounts what occurred in her life over the past two and a half years. She doesn’t try to defend or explain, but instead tells a simple straightforward story of events, sparing no one, especially herself. »

« It was a way to move forward. To heal. To find my own voice again and to stand on my own two feet. I wanted it to reflect what I’ve gone through. »

Extraits de l’interview de Joy Williams pour Cuepoint le 3 juin 2015

Ah tiens, non en fait. C’est cool, parce qu’il y a deux ans Joy nous a dit d’écouter leur album pour connaître le fin mot de l’histoire, mais là avec son album solo** elle nous promet moins de métaphores et la vérité vraie ! Allez mes amis, ne perdons pas espoir, en écoutant attentivement ses quinze prochains albums, on finira par savoir s’il l’a vraiment choppé le John Paul !

H.

* Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, bitches.

** Venus, Columbia

Je tiens à remercier ma copine Arielle qui n’est pas moins que traductrice et m’aura aidé à déterminer le sens de chacune des chansons présentées et à éviter le terrible écueil du contresens (aaah la subtile différence entre ce qu’on lit et ce qu’on voudrait lire…).

Par facilité, une chanson de l’album n’a pas été mentionnée. Mais nous n’étions pas sûre de sa signification et nous avons préféré éviter de raconter complètement n’importe quoi. Donc ça ne sert à rien de me le faire remarquer, je suis au courant. Par contre, si vous n’êtes tout simplement pas d’accord avec la façon dont je raconte cette histoire, n’hésitez pas à partager votre version en commentaire, ça m’intéresse !

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