Le jour où j’ai pleuré à un cours de guitare

La mineur… 1 2 3 4 et (on lâche) do 1 2 3 4 et (on lâche) mi 1 2 3 4 et (on lâche) sol 1 2 3 4 et…

Et on recommence. La mineur…

Je ne sais pas vous, mais j’ai commencé les cours de musique très petite. Le début est assez vague, mais je me souviens bien sur la fin de tout un tas de cours où la prof me criait dessus pour un rien et où la flamme de la musique n’a plus signifié grand chose pour moi (sortez les violons). Il parait que la musique est un savant mélange entre technique et lâcher-prise, mais pour moi c’était une corvée inutile qui servait surtout à mes copines à m’humilier dans les soirées en montrant qu’ELLES elles savaient vraiment faire de la musique (les violons, le retour).

La musique, c’est pour moi principalement technique et fatigant… Cool, mais fatigant, surtout en public. J’ai l’impression d’être constamment jugée, observée, scrutée et oui, jugée. Alors le lâcher-prise, je sais bien qu’il est censé arrivé un jour, mais quand on m’en parle j’ai l’impression que c’est la traversée du désert qui m’attend. Je sais que sans lâcher-prise, il est impossible de jouer avec émotion. Mais je n’ai jamais su jouer avec émotion justement. Je sais qu’il y a une porte, mais je ne la trouve pas. La traversée du désert, je vous dis.

J’en ai marre de prendre sur moi honnêtement. Les gens qui ont confiance en eux n’ont pas conscience du combat intérieur que ça peut être d’oser faire un truc en public en sachant qu’on va se planter, qu’on n’en a pas forcément les capacités. C’est comme si le cerveau disjonctait face à la masse de travail à abattre, au nombre de paramètres à gérer, et qu’il finissait par vous laisser en plan sur votre guitare pour aller pleurer sous la couette.

Et d’ailleurs, j’avais pas non plus vraiment envie d’aller en cours de guitare ce vendredi. Pas que la guitare ne m’intéressait plus, juste que j’avais envie de ronchonner dans mon coin sur la rentrée, la vie et les gens en général. Je ne sais pas quel genre de vacances vous avez eu, mais je peux vous dire que les miennes ne m’ont pas laissé le temps de souffler autant que j’en aurais eu besoin. C’est ça en fait que je ressens. L’envie de me poser et de ne rien faire DU TOUT. (Tellement compatible avec le concept de cours, surtout quand on a un prof qui aime bien nous pousser toujours plus loin) (remarquez que c’est un peu pour ça que je le paie) (mais là j’ai pas envie).

Et me voici donc sur mon exercice où je dois enchaîner mes accords, lâcher sur le « et » et si possible mettre des accentuations dans mon jeu. Faisant fi de mes habituelles trois minutes d’auto-apitoiement (« bouuuuhouhouh je vais pas y arriver c’est trop duuur y a trop à penser je sais pas comment faire je suis nulle je serai jamais une vraie musicienne ») je me lancée parce que, et bien, comment dire… je m’en fous. J’ai vu comment ça marchait et j’essaie mais bon honnêtement, que ça marche ou pas, je m’en fous. C’est la rentrée, et j’ai pas envie de m’emmerder.

Hum. Et bien… Comment dire… C’est là que j’ai compris. Le lâcher-prise n’est pas un espèce d’état de grâce religieux où le musicien entre en communication direct avec le dieu de la musique et nous livre une pièce de choix. Le lâcher-prise est ce moment où on se dit « ok, c’est comme ça qu’il faut faire, et bien faisons-le ». Aux oubliettes les « est-ce que je vais y arriver ? comment vais-je y arriver ? est-ce que j’en ai les capacités ? ». Il y a un magnet sur mon frigo qui dit ceci « C’est une chose extraordinaire que toute la philosophie consiste dans ces trois mots : je m’en fous ». Et je crois que le lâcher-prise, c’est exactement ça.

Le lâcher-prise, c’est arrêter de se dire qu’on doit être une orthophoniste parfaite une copine parfaite une musicienne parfaite. C’est ce moment où on en a tellement ras-le-bol de faire tout bien plaisir à tout le monde qu’on se rappelle que les loisirs servent avant tout à se faire plaisir à soi et c’est tout. C’est ce moment où on joue un peu en pilote automatique parce qu’on a passé une semaine toute pourrie à se prendre le chou sur son emploi du temps les tâches ménagères les bilans en retard et comment je vais payer mes impôts. Ce moment où clairement, tu t’en fous. Où tu as le droit de ne plus penser. Le lâcher-prise, exactement. Où tu réalises que tu as beau arrêter de te poser un milliard de questions (ils font quoi mes doigts ? je lâche quand ? j’ai oublié de compter je sais pas quand je dois accentuer !), ton corps, lui, il sait. Et c’est ça qui est beau. Tu joues et tu te regardes jouer et ce que tu vois est génial. Pas tant parce que c’est sophistiqué, mais parce que mine de rien, tu as déjà le bagage complet pour jouer tout le répertoire de Christophe Maé. (Pardon, c’était facile.)

 J’espère juste que je ne vais pas pleurer à chaque fois que je lâcherai prise parce que ça la fout carrément mal en plein concert au Zénith.

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Une réflexion sur “Le jour où j’ai pleuré à un cours de guitare

  1. Rahhh il me parle tellement ton article! C’est exactement ça le lâcher prise, JE M’EN FOUS! J’ai expérimenté ça il y a 3 semaines justement! Un repas réunissant une quarantaine de personnes (que je ne connaissais pas à part 2 ou 3, et ma famille), une amie violoniste qui insiste pour que je joue quelques morceaux avec elle, mon fils aussi qui insiste l’appareil photos dans les mains prêt à mitrailler. Je repousse le moment jusqu’à la fin, et me voilà qui me lance, assise sur cette chaise devant ce micro qui me cache le visage, 40 paires d’yeux qui me regardent, mon coeur qui bat à fond… Je me demande ce que je fais là et c’est parti… Puis… des applaudissements, waouh je l’ai fait! J’ai ressenti une immense joie à partager enfin ce que je jouais cachée chez moi bien en sécurité! Une sorte de libération! Tant pis si cela ne plairait pas, je ME faisais plaisir! Cela a décuplé ma confiance (qui me manquait cruellement) et je suis plus que jamais décidée à continuer! J’ai arrêté les cours y a bientôt 1 an parce que cela ne me procurait plus de joie, j’avance moins vite mais je joue avec mon coeur!
    Je t’encourage à suivre ton coeur 🙂

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