Lettre à mon professeur adoré (ceci n’est pas une déclaration d’amour)

A toi, mon cher professeur,

Cela fait maintenant trois mois que nous nous fréquentons, et force est de constater que pendant tout ce temps, ma vie a pas mal changé. Il y a bien évidemment eu ce moment terrible où j’ai découvert que mes ongles n’étaient pas courts comme je l’avais toujours cru, mais bel et bien longs (Tu fus alors fort compréhensif : « Tu es une fille, je comprends » m’avais-tu dit), mais ce n’est pas de cela dont je souhaite te parler aujourd’hui (un jour je te montrerai des ongles vraiment longs quand même, histoire de).

Avant de te rencontrer, c’était un peu Beyrouth dans mon esprit. Je ne compterai pas les heures perdues sur internet à essayer de comprendre quoi apprendre, pourquoi l’apprendre et quand l’apprendre (ne parlons même pas de comment l’apprendre) ; les nuits blanches à me demander si je faisais ce qu’il fallait, et surtout si j’allais bien quelque part avec tout ça. Avec toi, je n’eus qu’à te communiquer mes attentes (« Bonjour je ne sais pas tenir une guitare et je voudrais jouer comme lui mais en mieux. ») et, au lieu de me dire qu’à mon âge je pourrais au mieux jouer comme le guitariste des Lumineers et faire des duos dans la rue avec le poivrot du quartier, tu m’as dit « Ok, faisons comme ça ! ».

Désormais, il faut le reconnaître, je ne sais toujours pas où je vais, mais j’ai au moins la certitude d’y aller. Ce fut un peu comme d’avoir galéré à essayer de diriger en solitaire un catamaran à une coque pendant des mois avant d’embarquer pour une croisière en paquebot (en moins coûteux quand même). Le plan de travail n’est plus de mon ressort, je n’ai plus à me concentrer sur quoi faire mais seulement sur comment faire et du coup c’est fou, mais j’ai presque le temps d’avoir une vie sociale.

Outre cette nette amélioration de ma qualité de vie, il faut reconnaître que tu as réussi là où plusieurs générations d’enseignants et de maîtres de stage ont échoués, tu as fait de moi une bosseuse. Si, je t’assure que chaque fois que tu dis que je suis une bonne élève, la quasi-totalité de mes anciens professeurs s’étouffe sur son café au même moment à l’autre bout de la France. Bon il faut l’admettre, je n’avais peut-être pas la même motivation pour la physique quantique qu’à la perspective de devenir la nouvelle Bumblefootette, n’empêche que… Des gens qui auraient pu m’apprendre à utiliser une guitare, j’en ai fréquenté quelques uns, mais jamais je n’ai trouvé la volonté de prendre Blanchette sur mes genoux chaque soir pour m’entraîner.

Il faut que je t’avoue que c’est même pour ça que je suis venue te voir la première fois (et aussi parce que tu as des tarifs on ne peut plus raisonnables). Moi qui ne répond qu’à la pression et qui trouve le moyen de ne rien faire malgré une vie familiale/sentimentale/sociale qui me laisse pourtant tout le temps dont je pourrais avoir besoin, moi qui pourrait procrastiner dans une pièce vide de tout livre, ordinateur, fenêtre par laquelle regarder, avec juste un cours à réviser sur la table, j’avais juste besoin d’objectifs à court terme. Finalement, tout ce que j’ai toujours demandé toutes ces années c’est qu’on me dise « voilà cette semaine tu dois travailler ça, et si tu sais le faire, on pourra aller plus loin » plutôt que « ce truc ne vous servira jamais dans la vie, à part éventuellement à valider votre semestre et on va apprendre des trucs beaucoup plus intéressants même si vous ne le maîtrisez pas ». Tu la sens la différence ? Alors oui, c’est vrai, parfois je rêve de moins entendre le fameux « c’est bien, mais… », sauf qu’il était temps que quelqu’un réveille la flamme de l’ambition en moi. Et le challenge est un excellent compagnon de route (sauf peut-être en juin) (mais le mois de juin c’est pas pareil).

Et puis, tant qu’on en est aux confessions, laisse-moi te dire que tout comme je déteste travailler une fois rentrée chez moi (remarque qu’une fois sortie de chez moi c’est pas forcément plus facile mais là n’est pas le sujet), je n’aime pas trop montrer aux gens ce que je ne sais pas faire (j’ai adoré être stagiaire oui). Je peux te réunir un certains nombres de témoignages comme quoi dès qu’on me dit « tu peux essayer ça pour voir ? » je me décompose sur place, je grommelle que jesaispasfousmoilapaix et je me renferme au lieu d’essayer. Je préfère me planquer dans ma chambre ce qui est un peu con, parce que tranquillou dans ma chambre c’est trop tard et j’ai personne pour rectifier ce que je fais. Toi, quand tu me demandes de faire un truc je le fais. Ce n’est pas vraiment une question de confiance que de logique. Je te paie pour me donner des cours et progresser donc a priori si tu me demandes de faire un truc, c’est que j’en suis capable (ou alors tu fais ça pour voir si je ferai n’importe quoi, mais ça je préfère ne pas le savoir). Voilà comment je me suis retrouvée à refuser de faire une rythmique toute conne pour un pote alors que j’ai accepté de jouer en fond de temps alors que je ne suis toujours pas sûre d’avoir compris comment on fait.

Bon, bien évidemment, je t’apprécie encore plus parce que tu ne m’as jamais demandé de jouer Knockin on heaven’s door et ça c’est cool. Mais promis pour toi je ferai éventuellement une exception, et il va de soi que ça n’a rien à voir avec le fait que tu m’aies dit qu’il me faudrait environ 10 minutes pour le maîtriser.

Mais oui il faut que je te l’avoue, pour te faire plaisir, je jouerai le truc le plus chiant de la terre, juste parce que chaque nouveau morceau est l’occasion d’apprendre à écouter, et de devenir, du moins je l’espère, chaque fois un peu plus intelligente. Enfin je dis ça, mais je fais nettement moins la maligne sur le coup, surtout quand tu me dis que je dois apprendre à lâcher prise. Quand je vois tous les médecins que je paie pour m’aider sur ce sujet, je me dis que si tu y arrives, et bien tu mériteras des chocolats.

Bon par contre je profite de cette lettre pour t’informer que je n’ai pas pu travailler cette semaine. Moi j’avais vraiment envie, mais Blanchette n’arrêtait pas de se plaindre qu’elle avait un mauvais rhume et qu’elle voulait qu’on la laisse tranquille. Je trouve vraiment qu’elle exagère, mais j’ai bien été obligée de la laisser se reposer. Ci-joint une photo pour preuve.

Bien à toi,

Hélix

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