Apprendre à utiliser sa voix – Introduction

En attendant de devenir musicienne/auteure à succès, je gagne ma vie en tant qu’orthophoniste, ce qui m’a amenée à travailler de très près avec la voix. Notre but est avant tout de venir en aide aux gens dont la voix est atteinte suite à un mauvais comportement vocal qui entraîne des altérations de la voix audibles (éraillements, voix soufflée…) et handicapantes pour le patient (extinctions de voix perpétuelles, impossibilité de crier…). J’ai donc à ma portée tous les outils nécessaires pour travailler sa voix, son souffle, les améliorer et apprendre à les manier. Mais quand bien même j’ai pu amasser bon nombre de connaissances et de compétences, je ne les ai jamais appliquées à ma propre personne. Peut-être est-ce par flemme ou manque de volonté, ou peut-être parce que je constate chez mes patients les changements que la rééducation de la voix induit. Car comme tout travail sur le corps, il n’est pas anodin pour l’esprit : notre voix est notre identité avant tout.

J’ai personnellement un rapport à ma voix assez complexe : je n’ai jamais été à l’aise avec et je supporte très mal de l’entendre enregistrée (vas-y le kiffe que ça va être de faire des vidéos pour le blog tiens !). J’ai toujours pensé (plutôt à raison) que je chantais extrêmement faux et que, du coup, ma voix ne valait pas la peine d’être « montrée ». Ça ne m’a pas empêché de prendre un an de cours de chant (au cours duquel je n’ai jamais réussi à faire sortir ma voix) et deux ans de chorale (où je me suis complètement éclatée). Dix ans de silence, la certitude grandissante au fil de mes études d’avoir moi-même un problème vocal (les cours de médecine devraient être interdits aux hypocondriaques) et une extinction de voix par an plus tard, me voici.
Comme je l’ai expliqué à mes patients, il est inutile de savoir se servir de sa voix pour apprendre aux autres à le faire. Certes, ça peut paraître paradoxal, mais finalement tout ce qui compte, c’est de savoir guider son patient (une pratique à mi-chemin entre « faites ce que je dis pas ce que je fais » et « les cordonniers sont les plus mal chaussés »). Cependant, à force d’entendre mes patients dire que j’avais changé leur façon d’appréhender la vie, et de voir leurs voix métamorphosées, je me suis demandé si je n’aurais pas intérêt à suivre mes propres conseils, pour changer.
Autant l’enseignement sur le mécanisme vocal et les pathologies de la voix est riche en école d’orthophonie, autant il est un peu faible au niveau de la rééducation vocale, raison pour laquelle la plupart des orthophonistes sont assez frileuses dans ce domaine. Il est très difficile d’obtenir des stages car la séance est un espace privilégié entre l’orthophoniste et son patient où le travail n’est pas purement technique. Il s’agit avant tout de créer un espace apaisant et une relation de confiance où la voix va pouvoir à nouveau s’exprimer. Pas toujours évident avec un tiers. Ce genre de rééducation étant à mi-chemin entre la technique et l’intuition, je pense que c’est le genre de domaines où l’on s’engage par passion. Aussi c’est une pratique faite de tâtonnements, car il s’agit de s’adapter aux besoins et aux attentes du patient. Comme je l’explique souvent, quelle que soit la demande (crier, chanter fort), mon objectif est d’y répondre le mieux possible, et non pas d’expliquer à mon patient que « ah bah non désolée, ça va pas être possible ». Mais de plus en plus je me retrouve confrontée à des patients qui veulent réapprendre à chanter, et je me sens frustrée de ne pouvoir chanter moi-même pour expérimenter avec eux et les guider.

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Pour que votre micro ne soit plus une plante verte.

C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer et de partager avec vous mes expérimentations, mes tentatives, mes erreurs et mes réflexions. Mon objectif n’est pas tant de vous donner la recette pour devenir un grand chanteur (de toutes façons je ne la connais pas), que de de vous faire partager mon travail personnel et mon avancée sur le chemin du chant. Je n’aborde pas directement le chant, mais je commence par travailler le souffle, comme je le fais avec mes patients. Ma rééducation type part de principes de base qu’on m’a enseignés pour apprendre un geste vocal sain et reposant. Mon objectif est d’apprendre à mes patients à réapprivoiser leur voix et ne plus l’agresser. Même s’ils ne permettent pas immédiatement d’aborder le chant, il s’agit à mon sens des prérequis indispensables. De toutes façons la plupart des cours de chant commencent exactement comme une séance d’orthophonie, à la différence que l’on travaille sur une voix « saine » (attention, une voix saine ne signifie pas que la personne n’a aucun problème au niveau des cordes vocales, juste que son geste vocal est bon et empêche tout forçage et toute douleur).

En effet, comme je le répète souvent à mes patients, l’important n’est pas d’avoir une voix sans défaut (pour preuve, les chanteurs les plus émouvants ont souvent une voix cassée, éraillée, soufflée), mais d’avoir le bon geste vocal. Des tas de gens vivent au quotidien avec des nodules, polypes et autres joyeusetés (fun fact : saviez-vous qu’il est possible d’avoir des vergetures aux cordes vocales ? Réjouissant mesdames, n’est-ce pas ?) mais ne le savent pas car ils ont appris à vivre avec et ces « anomalies » ne les freinent en rien. Par expérience, il est d’ailleurs beaucoup plus difficile de rééduquer des patients qui n’ont aucun problème avec leurs voix mais viennent sur les conseils de leurs proches que des patients qui sont en souffrance parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans leur voix.

Mes articles se baseront donc sur mon expérience professionnelle, mes ressentis personnels, mes cours de yoga et ma nouvelle bible :  « Le grand livre de la technique vocale : Voix parlée et voix chantée » de Hervé Pata.

Avant de rentrer dans le vif du sujet dans le prochain article, laissez-moi vous donner mon premier constat.
La première étape pour arriver à chanter est d’accepter sa voix. Une connaissance me racontait qu’elle avait été émerveillée par la voix d’un de ses amis qui lui avait confié avoir commencé à chanter sous la douche. De mon côté, tout s’est passé lors d’une rencontre de guitaristes où j’ai à peine touché une guitare de la journée. Frustrée d’être incapable de suivre la masse, je boudais tranquillement dans un coin quand ma copine m’a foutu le micro sous le nez.
Bon. Je ne vais pas vous mentir. Non je n’ai pas découvert qu’en fait je chantais admirablement juste et que j’avais une voix cristalline planquée sous 27 ans de complexe.
Non, en vrai, j’avais plutôt la voix de Britney Spears (pré-retouches) :

[youtube https://youtu.be/MUdKrtsrCBI]

Ce que j’ai découvert, c’est que j’avais une voix, et que, bien que franchement fausse (ça ne sert à rien de se mentir et Wyhman est là pour me le rappeler les jours d’euphorie excessive : « T’as vu c’était bien hein ? Non mais t’as entendu ? J’ai réussi à chanter et tout ! » « Oui, mais faux » (et BIM mon ego)), elle n’était pas désagréable à écouter. Est-ce que ça a tout changé dans ma façon d’appréhender ma voix ? Oui et non. Non je ne chante pas plus facilement. Mais j’ai compris que pour savoir chanter il fallait déjà accepter de chanter. D’ailleurs le verdict d’Hervé Pata à ce sujet est sans appel (et douloureux) : « Ne pas aimer sa voix, c’est souvent ne pas s’aimer tout court ».

La voix est comme le reste de notre corps, de notre personnalité et de notre vie : imparfaite. Le reconnaître est en soit déjà un moyen d’apprendre à l’aimer : il faut savoir faire le deuil de sa voix rêvée et apprendre à travailler celle que nous possédons, c’est la seule façon d’arriver à une identité unique. Accepter d’oser pousser sa voix, se faire entendre, et accepter d’être entendu, que ce soit bon ou non. Alors maintenant quand je travaille des comptines avec les enfants je n’essaie pas de cacher ma voix (à quoi bon de toutes façons, les murs sont épais comme du papier) et j’y vais à fond. Le premier travail que je m’impose donc dans cette expérimentation est de choisir des chansons qui me plaisent et de commencer à les chanter à tue-tête dans mon appartement (vide).

C’est sur cette belle pensée philosophique que je vais vous abandonner pour cette fois.

H.

Pour ceux qui souhaitent en apprendre plus sur l’anatomie et la physiologie de la voix, je ne pourrais que trop vous encourager à aller sur le site de l’enseignante qui m’a tout appris. Je ne vois pas l’intérêt de faire un article pour (mal) la paraphraser.

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Une réflexion sur “Apprendre à utiliser sa voix – Introduction

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