Mais tu sers à quoi ?!?

Encore plus satirisé que le batteur « qui ne fait que du bruit en tapant comme un bourrin sur des tambours », le bassiste a donc une bien piètre réputation. Il faut dire que son rôle n’est pas toujours très clair aux oreilles du grand public, qui n’entend pas forcément l’apport de cet instrument (il faut aussi avouer qu’il n’est pas non plus à son avantage dans les musiques populaires). L’article d’aujourd’hui consistera à rendre à cet instrument, et à ceux qui le pratiquent, un soupçon de dignité. Et accessoirement expliquer d’où vient et à quoi sert cet objet dans différents registres et contextes musicaux, puis déterminer ce qui fait un bon bassiste.

La musique étant un monde libre où tout est permis, il n’y a aucune règle qui ne puisse être détournée avec talent. Cependant je donne quelques généralités et principes fondamentaux qui aideront à mieux comprendre le monde de la basse. Quoi que je dise, gardez en tête que personne ne détient la vérité absolue !

Avant tout, je pense que le principe de la note basse a été utilisé dans un but précis : guider l’oreille. J’imagine la basse comme une suggestion harmonique, un son qui, si on ne lui prête pas attention, ne s’entend pas mais se suggère. Bien sûr les bassistes ne se contentent pas toujours de ça, sinon ça serait un peu chiant, mais il me semblait important de présenter cette notion avant de commencer.


Dans  votre esprit la basse c’est ça :

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Une grosse guitare avec 4 cordes (appelée aussi guitare basse par… personne mais c’est pourtant le nom correct et précis). Mais comme tout instrument électrifié, la guitare basse a des ancêtres acoustiques. Et bah… oui et non. La guitare électrique a pour ancêtre la guitare acoustique (classique puis folk). Jusque-là on est d’accord. Mais la guitare basse acoustique n’est pas antérieure à la guitare basse telle qu’on la voit ici. En fait la version électrique a été conçu sur le modèle des guitares électriques, ce qui en fait concrètement une sorte de bâtard entre une guitare électrique et une contrebasse, puisque que c’est à cette dernière que cet instrument va finalement succéder (et non se substituer). Utilisée dans le jazz et beaucoup de ses dérivés, dans le rockabilly, la pop, la pop folk, le classique et même de manière un peu différente dans le psychobilly, la contrebasse a une sonorité ronde, chaleureuse, bien lourde, unique en son genre. Elle n’est finalement rien d’autre qu’une conception en basse du violon et en a donc les mêmes caractéristiques. D’un point de vue technique, la principale différence avec la guitare basse est le jeu vertical, bien sûr, mais aussi l’absence de frettes. Cette caractéristique en fait un instrument peu abordable pour les débutants puisqu’il faut être très précis pour être parfaitement juste, et forcément avoir une bonne oreille pour se rendre compte si l’on est juste ou pas.

Mais il existe, et ce n’est pas rare, des guitares basses fretless (sans frettes donc). Le principal avantage de ce genre d’instrument est la liberté au niveau des notes. En effet elles ne sont plus délimitées par des frettes, donc on peut s’amuser à intégrer des quarts de tons et les slides sont enfin réels (réel dans le sens où la transition entre deux notes est constante et non entrecoupée par des demi-tons, induits par les frettes). On peut supposer que des modèles de guitares fretless ont vu le jour avant l’arrivée de la guitare basse, mais c’est bien la popularisation des basses fretless qui a conquis le milieu guitaristique et ainsi démocratisé ce type de conception qui est aujourd’hui monnaie courante. Niveau sonorité, la corde jouée n’entrant pas en contact avec une partie métallique, le son est plus rond et chaud. L’inconvénient (parce que la vie n’est qu’une succession de compromis) concerne la technique du slap. Le son est beaucoup moins percussif sans frettes puisque c’est le contact entre les deux parties métalliques que sont la corde et les frettes, qui sont à l’origine de ce claquement si particulier. Enfin, je vous laisse en juger par vous-mêmes.

Slap sur une basse fretless : 

Slap sur une basse frettée standard : 

Si vous êtes attentif, vous avez peut-être remarqué sur la dernière vidéo que la basse est pourvue de cinq cordes  Ces cordes supplémentaires sont généralement des cordes plus graves, pour augmenter le spectre bas de l’instrument, mais aussi pour se caler avec le guitariste utilisant des guitares avec sept, huit cordes ou plus. Il va de soi que le manche s’élargit grandement, rendant le jeu plus contraignant sous certains aspects. Il existe néanmoins des modèles à cinq ou six cordes où ces rajouts sont des cordes aiguës. Cela permet une orientation de jeu plus solo. Ces orientations solo peuvent être fréquentes dans les styles de fusion jazz et autres, là où l’improvisation a une part principale dans la musique et où tous les musiciens ont envie de s’éclater de manière égale (pas juste le guitariste sur un backtrack vivant). Sinon, le jeu solo permet aussi de crâner sur youtube (ça c’est fait…). Honnêtement, et c’est une petite parenthèse qui concerne aussi les autres instrumentistes, l’internet* permet de faire émerger des talents fous, de ceux qui sont capables de capter l’attention, de provoquer des émotions, l’admiration avec pour seule compagnie leur instrument**. Malheureusement cette virtuosité n’a plus vraiment de sens une fois en groupe, là où chacun laisse de la place à l’autre au service du but commun qu’est l’émotion. Bien sûr ces personnes-là peuvent faire des dates seules en scène, mais écouter deux heures d’arrangements instrumentaux à la basse, personnellement ça me gonflerait vite, aussi réussis soient-ils. (Fin de la parenthèse ! (Enfin ! (Mais tu vas arrêter avec tes parenthèses ! (Ok, j’arrête !)))).

S’inspirant encore de la guitare, il existe des basses ayant chaque corde doublée à l’octave. Le son est donc plus riche harmoniquement. Les modèles 4 cordes en possèdent donc 8, les 5 cordes 10 etc. Ce genre de basse est cependant très rare car finalement assez peu intéressant. Le son de basse a justement besoin de ne pas être trop riche pour ne pas empiéter sur les fréquences médiums occupées par d’autres instruments.

A présent, quittons le monde de la basse traditionnelle pour voir un nouvel objet très intéressant que j’ai déjà mentionné dans l’article sur le concert de Steven Wilson car son bassiste, Nick Beggs en utilise un : le Chapman Stick.

Grosse planche avec plein de cordes (entre huit et douze) agencée pour un jeu en tapping avec les deux mains, cet instrument permet pas mal de liberté rythmique et, là encore, peut apporter énormément dans un registre un peu plus solo. Les enrichissements harmoniques des lignes de basse sont donc favorisés et, sur cet exemple précis, on peut remarquer qu’il les place un peu à la manière de breaks de batterie.

On pourrait parler de la Bass VI, des U-bass (voilà qui va faire plaisir à Hélix***) et bien d’autres, mais faire une liste exhaustive des instruments basses à cordes est impossible et inutile. De même pour les innovations techniques en terme de lutherie. Si ça vous intéresse, jetez un coup d’œil aux basses headless, en fanned frets, en true temperament frets et bien d’autres qui peuvent offrir des résultats assez monstrueux. Plutôt que de développer ce sujet-là, je vais plutôt passer, maintenant qu’on a vu le matériel, à l’aspect pratique.

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fruit de nombreuses élucubrations de luthiers innovants

« Yeah, tu captes son groove là ?! C’est bon ça ! »

Voilà, le mystère est éclairci ! Un bon bassiste est un bassiste qui groove ! Comment ça, ce n’est pas clair ?! Bon, on dit souvent qu’une ligne de basse groove. Pour être honnête ce n’est pas un langage très technique et objectif. En gros ça veut dire que ça donne à notre corps cette irrémédiable envie de danser, de taper du pied ou claquer des doigts (suivant si vous vous avez un corps, des pieds ou des doigts). C’est donc l’objectif numéro un d’un bassiste de funk  (et dérivés). Pour y parvenir, le bassiste de funk intègre un aspect percussif à son jeu en utilisant plusieurs techniques comme le palm mute, ou le slap. Le bassiste qui groove doit savoir jouer avec la batterie pour appuyer les temps forts (pour que le spectateur lambda puisse bouger la tête au bon moment) tout en essayant de la compléter en donnant une orientation harmonique au morceau. Ça fait beaucoup pour un seul homme peut-être, mais dans ce genre musical, le duo batterie/basse occupe le rôle principal pour avoir donc ce côté dansant et sautillant (mais ça je l’ai déjà dit… si vous aviez écouté j’aurais pas besoin de me répéter !).

« Le rideau s’ouvre et laisse apparaître une marée de spectateurs scandant le nom de son groupe. Lui, il se tient là, les deux pieds parfaitement ancrés au sol et scrupuleusement perpendiculaires à la scène. Ses longs cheveux brun masquent partiellement son visage et la sueur ruisselle sur son visage jusqu’au bout de sa longue barbe. Tenant fermement sa fidèle Warwick cinq cordes, il est prêt à en découdre quand les quatre coups de cymbales retentiront ! »

Le bassiste de rock/metal a des enjeux différents du bassiste funk. Son jeu doit être puissant pour donner au riff toute son envergure. Bien souvent, pour obtenir cette puissance, le guitariste et le bassiste jouent ce fameux riff en même temps. Ces motifs musicaux étant bien souvent rapides, beaucoup de bassistes de rock/metal jouent avec un médiator, ce qui a pour conséquence de donner aux  attaques un son plus incisif. Cela dit, certains des meilleurs bassistes de metal jouent sans, comme Robert Trujilo de Metallica (image ci-dessous). C’est une histoire de choix et de capacités.

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Robert : bassiste de smooth bossa nova

Allez, je me sens d’humeur à défendre la cause des bassistes. Je sais pas si ils le méritent mais bon, je suis dans un bon jour. On attribue souvent la composition des riffs aux guitaristes, mais attention, ce n’est pas toujours le cas ! Beaucoup sont l’œuvre du génie de leur bassiste ! Parmi eux on peut citer l’explosif riff de Black dog, composé par John Paul Jones de Led Zeppelin ou la mythique ligne de basse de Another one bites the dust de Queen. Bref, c’est pas toujours celui qui ne jouait pas très bien de la guitare dans le groupe de potes qui se retrouve derrière la basse. Finalement dans le rock/metal, le rôle du bassiste est bien souvent un appui de la guitare, au moins autant que de la batterie. Et c’est à ça qu’on peut reconnaître si il est bon ou si il fait juste le boulot. Le bon sait sortir du jeu du guitariste, et ajouter à l’harmonie des notes phares qui vont appuyer certains caractères du morceau (on pourrait dire notes modales, mais je risquerais de vous perdre. Cet aspect sera abordé dans un prochain article), ou apporter quelques dissonances. Loin du cliché du métalleux bourrinant sa grosse corde à coup de médiator, il peut jouer de très beaux arpèges comme sur Seemann de Rammstein.

Encore une fois, passer en revue tous les styles possibles et imaginables ne servirait pas à grand chose. Vous avez compris que les qualités requises pour faire un bon bassiste sont plus ou moins les mêmes pour tous les styles. Un super sens du rythme, une capacité à appuyer la batterie, à servir de manière originale l’harmonie en complétant et interagissant avec les instruments d’accompagnements et solistes, mais aussi en servant l’ampleur d’un morceau en apportant puissance ou douceur suivant le contexte. Il n’y a pas non plus besoin d’en faire des tonnes pour faire une bonne basse dans un morceau. Certains misent sur la présence, d’autres sur le choix rigoureux des notes. Pour illustrer ce fait, et pour illustrer la notion exprimée en début d’article sur la note basse suggérée, je ne peux m’empêcher de mettre cet exemple :

Voyez vers 1:39 comme la même note répétée nous suggère des émotions, ou du moins un ressenti différent suivant l’entourage harmonique. C’est de ça dont je parle ! C’est ça l’art du bassiste !

Maintenant que je vous ai donné quelques pistes d’analyse, le plus simple et le plus efficace reste d’écouter. Mieux que de longs articles sur le sujet, c’est en vous focalisant sur elle que votre oreille assimilera son rôle et s’habituera à ses nuances.

Quelques exemples :

Bien :  Pas bien :

Bien : Pas bien :

En espérant avoir été instructif et en espérant avoir changé votre manière d’écouter la musique, je vous dis à la prochaine et d’ici là, restez curieux !

-W-

Avec la participation exceptionnelle d’Hélix :

* Où nous découvrons que Wyhman a en réalité 75 ans.
** Pour plus d’émotion, n’hésitez pas à passer la pub Royal Canin en fond sonore pendant la lecture de ce paragraphe.
*** Wiiiiiiiiiiiiiii !

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Une réflexion sur “Mais tu sers à quoi ?!?

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