Une nuit avec Steven Wilson

Il y aura des articles pour faire réfléchir, stimuler nos petits neurones d’humanoïdes assistés et fainéants,  essayant d’apporter des points de vue nouveaux en remettant en cause toutes les idées reçues, les préjugés et autres clichés sur le monde de la musique et ses principaux acteurs. Puis d’autres comme celui d’aujourd’hui où il ne sera question que de ressenti. Alors posez vos cerveaux (délicatement bien sûr) et branchez votre meilleur casque, je vous emmène dans l’univers de Steven Wilson.

Pour vous expliquer le contexte dans lequel j’ai été à ce concert, il faut dans un premier temps que je présente ce bonhomme et ce qu’il représente pour moi.

Steven Wilson c’est environ 45 albums de musique progressive, ou d’ambiant plus ou moins expérimentaux avec 6 groupes différents en à peu près 25 ans de carrière. Bien sûr il est aussi producteur et s’amuse à mixer les albums des autres pendant son temps libre.

Autant dire qu’il doit voir la lumière du jour seulement à travers le pare-brise de son tour bus.

« Ce qui explique qu’il soit pâle comme un linge ! » dit l’hôpital à la charité.

Très rapidement, il s’est placé comme une influence majeure pour moi. Multi-instrumentiste, il crée une musique égoïste, fusionne les ambiances et les styles, et n’a de limites que celles de ses goûts. Etiqueté, de même que ses célèbres copains de Dream Theater, comme un compositeur de « musique progressive », il est néanmoins plus simple, plus efficace, moins premier de la classe en terme de théorie musicale, et moins dans la démonstration technique. Steven sait composer comme peu d’artistes des mélodies qui prennent aux tripes en soignant particulièrement la sélection et les associations d’instruments. Il crée des émotions portées par des univers complets. Car pour contrebalancer la « simplicité » technique (quand je parle de simplicité c’est en comparaison aux virtuoses du genre et hors improvisations en live) ses arrangements sont souvent très contrastés, longs et riches ! Pour illustrer au mieux mes propos voici deux pièces majeures avec son groupe Porcupine Tree.

D’ailleurs pour approcher un rendu aussi riche en concert qu’en studio, Steven sait s’entourer d’excellents musiciens. Ils sont au nombre de six sur cette tournée. (Oui ! On entre enfin dans le vif du sujet ! )Lyon, Transbordeur, concert, 2013, adam holzman, ambiant, anesthetize, arriving somewhere, basse, batterie, chad wackerman, chant, chapman stick, clarinette, clavier, concert, dream theater, drive home, flûte traversière, guitare, guthrie govan, harmony korine, index, live, luminol, marco minneman, mellotron, musique, musique progressive, nick beggs, piano, porcupine tree, postcard, prog, radioactive toy, raiders II, saxophone, sectarian, steven wilson, synthé, synthétiseur, the holy drinker, the raven that refused to sing, the watchmaker, theo travis, trains, zappa,

De gauche à droite:

  • Nick Beggs : guitare basse, Chapman stick
  • Chad Wackerman : batterie (Et oui ce n’était pas Marco Minnemann, c’est dommage mais Chad était très bon aussi. Pour l’anecdote, il était batteur pour Zappa.)
  • Steven Wilson : chant, guitare, guitare basse, clavier d’ambiance
  • Adam Holzman : piano, synthétiseur
  • Theo Travis : flûte traversière, saxophone, clarinette (‘me semble)
  • Guthrie Govan : guitare

Quelques précisions sur l’article qui suit : cliquer sur le nom des morceaux vous mènera à une vidéo du morceau en question. Concernant la formation du groupe dans ces vidéos, il y aura principalement Marco Minnemann à la batterie et Niko Tsonev à la guitare. Bien que la formation ne soit pas identique à celle que j’ai pu voir, je préfère montrer la performance live à la performance studio (sauf sur Luminol qui est massacré par Niko Tsonev, je trouve, dans la version live existante).
De même, cliquer sur un terme technique vous mènera à notre glossaire.


Après cinq heures de route sous la pluie, j’arrive à la salle avec quelques 30 minutes d’avance. La présence importante de gens au bar dans l’avant-salle, peu soucieux d’avoir la meilleure place possible, m’intrigue. Tout du moins jusqu’à ce que j’entre dans la salle à proprement parlé. Je comprends mieux. Elle est effectivement assez intimiste, pour ne pas dire petite. Et oui, on est pas à la Halle Tony Garnier dans laquelle j’avais déjà été voir Nightwish, on est au Transbordeur ! Je me suis même demandé si je n’allais pas me mettre tout au fond de la salle, assis dans les petits gradins, moi, adepte des fosses ! Non, la perspective de voir ces fabuleux artistes à quelques mètres de moi me donna le courage de rester debout pendant les presque 2h30 qui allaient suivre (mais je ne le savais pas encore !). 19h 45, la projection d’un petit film démarre. Une caméra en plan fixe vise la base d’un bâtiment en brique rouge, certainement londonien, le tout avec une quasi-totale absence de bande-son. Un simple bourdonnement, avec un faible niveau sonore de l’action qui se déroule sous nos yeux.

Des gens passent, de la mère avec sa poussette au vieillard et sa canne, jusqu’à un musicien de rue, avec sa guitare. Il fait froid, le musicien est vêtu d’un long manteau, une écharpe et un béret. Emmitouflé dans ses vêtements, il s’installe devant nous, et sort de la caisse de sa guitare de quoi se ragaillardir : un thermos avec certainement un café bien chaud. Cette personne attend, comme nous… Est-ce que c’est elle qui nous attend ? L’heure tourne, sa cigarette se consume pendant que la salle se remplit petit à petit. Il est presque 20h ! L’écharpe de l’homme, ne masquant plus le bas de son visage (sinon il ne pourrait pas fumer… faut suivre un peu !) ce dernier semble familier. En effet tout autour de moi, les mêmes pensées semblent s’immiscer dans  les esprits… « C’est lui ? »

L’homme écrase sa cigarette, prend sa guitare en main et joue quelques accords en sourdine. Puis comme tout bon guitariste qui se respecte, il commence à s’accorder en grattant ses cordes une par une : mi, la, ré, sol, si, mi. La sourdine a laissé place à un son « réel » ! Ca y est, ça commence !

Les premiers accords de Trains de Porcupine Tree retentissent à fort volume dans toute la salle. Steven apparait sous les acclamations du public tandis que l’homme londonien continue de jouer alors que personne ne s’arrête pour l’écouter. Première claque, la voix de Steven est très puissante ! Cette voix parfaitement juste, parfaitement placée m’a véritablement scotché. Le groupe arrive et se place sous des applaudissements aussi très chaleureux. Si vous écoutez le morceau en même temps que vous lisez, vous avez certainement entendu le moment où ils rentrent tous dans le feu de l’action. Cette explosion sonore permet d’évaluer la qualité du son, et il est excellent ! Chaque instrument s’entend parfaitement, le volume est bien dosé ! Ce titre, très léger, est parfait pour entamer un live comme celui-ci ! Un morceau lourd est triste aurait plombé un peu l’ambiance. Ici il sonne juste par rapport à l’état d’esprit dans lequel on était, c’est à dire la joie d’être là ! Du coup maintenant on est prêt pour la suite !

Et quelle suite… Le riff de basse de Luminol nous prend aux tripes (le son et le touché de Nick Beggs y sont pour beaucoup aussi). Steven fait ses grands gestes habituels tel un chef d’orchestre ! Ce gars a un charisme incroyable, même quand il ne joue pas, il attire le regard ! Le morceau est parsemé d’improvisations, dont celle de Guthrie. Je n’ai pu m’empêcher de rire quand il a commencé son shred, comme si je n’y croyais pas ! La qualité des musiciens est incontestable. Leurs impros sont magnifiques (et là pour le coup ils nous en mettent plein la vue techniquement). Si le premier morceau m’a donné le sourire, celui-ci m’a vraiment donné la pêche !

Petit intermède. Steven se pose devant son clavier, nous salue et nous remercie d’être là. Avant de faire « son blabla », nous dit-il, il veut nous poser une question : est-ce que l’on comprend l’anglais ? Une majorité de la salle répond oui, à sa grande surprise car il nous racontera ses mésaventures dans les transports en commun français, où personne ne parle ni ne comprend l’anglais ! En plus d’être un génie de la musique et malgré son allure froide, Steven a finalement de l’humour. Après quelques rires, il nous présente le prochain morceau :

Postcard. Je ne connaissais pas ce titre au moment du concert. Aujourd’hui c’est une référence pour moi en terme de mix et d’efficacité. Une forte émotion se dégage de cette chanson qui est, je trouve, magnifique. A ce moment-là, mes yeux étaient à peine fermés que j’ai été transporté dans un autre monde ! Ses claviers sont toujours aussi justement dosés et harmonieux !

Steven empoigne alors une basse, Nick Beggs son Chapman stick et les premières notes inquiétantes de The Holy Drinker retentissent. Là encore un morceau bourré d’improvisations, les musiciens sont à l’honneur en ce début de live ! Mais contrairement à Luminol, l’ambiance y est plus lourde ! Wilson passe du clavier à la basse puis de nouveau au clavier, Nick Beggs passe du Chapman stick à la guitare basse, reflétant la complexité des arrangements, et leur souci du détail pour le mixage des sons (et oui, il est producteur et ingé son, je vous le rappelle ! On se refait pas…).

Les morceaux sont assez fidèles à ce que l’on peut entendre sur l’album, même si on y retrouve quelques nuances très agréables pour les oreilles (évidemment comme son nom l’indique, les moments d’improvisation sont inédits).

Lyon, Transbordeur, concert, 2013, adam holzman, ambiant, anesthetize, arriving somewhere, basse, batterie, chad wackerman, chant, chapman stick, clarinette, clavier, concert, dream theater, drive home, flûte traversière, guitare, guthrie govan, harmony korine, index, live, luminol, marco minneman, mellotron, musique, musique progressive, nick beggs, piano, porcupine tree, postcard, prog, radioactive toy, raiders II, saxophone, sectarian, steven wilson, synthé, synthétiseur, the holy drinker, the raven that refused to sing, the watchmaker, theo travis, trains, zappa,

Perspicace le bonhomme !

Rassuré sur notre compréhension de la langue de Shakespeare, Steven n’hésite donc plus à nous parler. Il nous explique qu’il n’est pas très bon pour écrire la musique etc. et c’est là qu’il nous balance à la gueule un « Yes, i’m an idiot ! ». Quand on voit le talent du mec ça fout un coup au moral de se dire que LUI est un idiot ! Ça gonfle pas mon ego tout ça ! C’est là que commence un petit jeu entre lui et Guthrie Govan (GG pour les intimes, donc pour vous ce sera « sir Govan »), pour nous caricaturer la manière dont il s’exprime avec ses musiciens dans le processus de composition. Steven lui donne une ambiance à représenter, et juste après, GG la lui joue. Ça commence avec (d’après mes souvenirs) « une femme perdue dans la forêt » Guthrie joue un motif correspondant à cette ambiance, que noircit au fur et à mesure Steven. Le motif est répété en y ajoutant des variations correspondant aux variations d’ambiance exigé par Steven. Un moyen drôle et original de présenter son guitariste et le morceau suivant, dans lequel il sera à l’honneur.

Drive Home. Autant dire que c’est un de mes morceaux préférés du monsieur. C’est pas le genre de pièce musicale qui part dans tous les sens. Ici l’émotion y est simple, en constante progression jusqu’au solo de Govan où l’émotion est à son apogée. Ce solo est un de mes préférés de tous les temps et je vais vous expliquer pourquoi. Déjà, il est merveilleusement construit. Les premières notes sortent à peine de ce qu’on pourrait appeler un larsen, les notes sont liées principalement par des slides ou des bends, puis les attaques, bien que peu nombreuses encore, se font de plus en plus franches. Son jeu s’accélère, les attaques sont plus nombreuses, et deviennent par moment tranchantes. Deuxièmement, le son est saturé juste ce qu’il faut. Suffisamment clair pour respecter le touché du guitariste et en même temps suffisamment sale pour obtenir des sons jouant sur les harmoniques naturelles et artificielles de la guitare comme je n’en avais jamais entendu auparavant. Et troisièmement, le talent et le touché de Maitre Sir Guthrie Govan de Notre-Dame-de-Chelmsford. Ce solo se finit dans un shred et un balai de notes chaotiques. Evidemment, pendant ce concert, et comme dans tous les concerts, ce solo était totalement improvisé. Bien sûr la structure du solo et l’esprit reste le même, mais quel plaisir de pouvoir constater une fois de plus son immense talent à trois mètres de lui ! Apres ce final chaotique, quelques notes de piano concluent ce morceau vraiment magique pour moi !

Apres une ovation, Steven nous fait l’honneur de nous présenter une nouvelle composition, qui se nomme provisoirement « Mother’s Call » (qui deviendra « Ancestral » une fois sur galette). Il nous prévient préalablement qu’il aime garder la surprise de l’album et qu’il ne souhaite pas que la performance soit filmée et partagée. Je trouve que ce genre d’initiative est très bonne. Je suis peut-être un peu ringard mais j’aime bien découvrir un album dans son intégralité et avec une écoute attentive dans les meilleures conditions. Autant dire que des morceaux au compte-gouttes et de qualité médiocre sur les plateformes de streaming, c’est pas du tout ma came (au même titre que les films capturés au cinéma d’une qualité dégueulasse). Et puis finalement si on avait accès à cette chanson sur le net, le cadeau de nous la jouer à ce moment-là n’aurait aucune saveur.

Directement après, ils enchaînent sur une autre de mes compositions préférées de son dernier album : The Watchmaker. (il se dispute la première place avec Drive home). Ambiance très contrastée, assez sombre avec des pointes d’espoir et de joie extrême. Entre yeux fermés, hochements de tête face aux groove des musiciens, et même en headbanging version heavy metal, cette oeuvre nous fait passer par bons nombres d’états et émotions, pour se finir de manière tragique.

Le concert se poursuit avec de vieux morceaux de son groupe Pocupine Tree comme Harmony Korine, ainsi que de son précédent album dont Index et Sectarian. Je dois reconnaître qu’ils ne sont pas au même niveau que ceux entendus jusqu’à maintenant.

Autre intermède qui engage une interaction avec le pianiste Adam au sujet du Mellotron, instrument que j’ai découvert à cette occasion et qui sera utilisé dans les minutes qui suivent. Mais c’est avec de lourds accords de piano que s’ouvre la pièce : c’est Raiders II qui commence. Vingt minutes pendant lesquelles la fatigue se fait sentir dans les jambes, mais où la magie des musiciens et de la musique opère pour nous faire oublier ce détail !

The Raven that Refused to Sing est le dernier morceau éponyme de son dernier album. Et il arrive à ce moment comme pour nous dire que c’est fini !  Je profite de ces dernier instant, accompagné par le magnifique touché de piano d’Adam qui me transporte une fois de plus.

Les musiciens s’en vont, Je regarde mes larmes tomber à mes pieds et me mue en un être fragile, irritable et instable au mo…. Un rappel ! Une deuxième composition originale qui plus est ! De quoi sécher mes larmes. Je ne me souviens plus du nom mais je me souviens que j’ai encore plus aimé que la première nouvelle compo qu’il nous a présentée !

Finalement pour clore la soirée, qui a donc duré pas loin de 2h30, Steven nous a joué un titre emblématique de Porcupine tree, puisqu’un de ses premiers. J’ai vu ce choix comme un clin d’œil entre la dernière compo pas encore sortie et un de ses premiers succès, un peu comme pour nous remercier d’en être arrivé là. Ce morceau est Radioactive Toy. Il se termine sur un balai chaotique de slide au bottleneck entre lui et Guthrie, après de très très bons solos de guitares. Un petit air d’apocalypse !

Soirée magique malgré le trajet un peu délicat que je ne regrette pas une seule seconde. Tous ces musiciens sont exceptionnels, ils se régalent de jouer et c’est communicatif. C’est beau à voir et à entendre. Je vous conseille de vous intéresser à ces musiciens et particulièrement à Steven Wilson parce qu’ils le méritent. Qu’on aime ou qu’on aime pas, je pense qu’on est tous d’accord pour dire : « Respect mec ! »

(Concert du 05/11/2013 au Transborder, Lyon)

-W-

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3 réflexions sur “Une nuit avec Steven Wilson

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