Notre-Dame-de-Paris, ou chopper au temps des cathédrales

Vous allez dire que tout ça est une terrible arnaque parce que cet article, pour un peu que vous m’ayez suivie du temps où je ne m’appelais pas Hélix et où je n’avais pas les cheveux roses (Wyhman avait raison, je ne peux pas me retenir de le mentionner), et bien vous le connaissez. Mais j’avoue que je l’aime bien, il me fait toujours autant rire deux ans après, il me semble avoir conservé toute sa pertinence et puis… et bien il cadre avec le thème ! (N’en déplaise aux puristes, ça reste de la musique.)

Il y a deux ans, mue par un élan nostalgique, je me suis mise en tête de réécouter mon double album de Notre-Dame-de-Paris (et oui je fais partie de cette génération qui a fait subir cette comédie musicale en boucle à ses parents sur tous les trajets en voiture et leur a infligé maints spectacles sur le sujet, tous plus élaborés les uns que les autres). Je vous épargnerai la séquence émotion en relisant mon inscription d’antan, précisant que j’avais reçu ce cadeau pour mes 12 ans et réalisant que ça faisait alors QUATORZE PUTAINS D’ANNEES que ce truc existait (après 25 ans la vie n’est qu’une suite de coups de vieux tous plus violents les uns que les autres). Mais ce n’est pas pour pleurer sur ma jeunesse perdue que j’ai décidé de faire un article. Non non non. C’est juste que la différence entre la moi-même de 12 ans et la moi-même de 26 ans, c’est probablement que j’ai compris un brin différemment ce qui se passait tout au long de ce double album.

En écoutant bien attentivement les paroles (que je ne me privais pas de chanter à tue-tête à l’époque) je me rends compte que je devais être bien loin d’en percevoir toutes les subtilités. Parce que si on fait bien attention, l’histoire qui a ému la France entière ne montre tout compte fait qu’une bande d’obsédés sexuels qui en veulent à la vertu d’Esmeralda. Bon, ils font passer ça pour de l’amour, mais en vrai la nana ils l’ont vu trois fois et ils la trouvent juste canon. Et ça, c’est pas ce qu’on peut appeler de l’amour les mecs, c’est rien que du DESIR. Et franchement, dans le genre, y en a pas vraiment un pour rattraper l’autre.


Notre-Dame de Paris, la très touchante histoire de trois hommes qui regardent sous les jupes des filles.

(On vous laisse deviner qui crève à la fin.)

Sauf que contrairement à ce que cette vidéo laisse supposer, elle n’a pas conquis le pé… cœur de ces trois seuls hommes, mais d’à peu près tout personnage masculin présent sur scène. Commençons tout en délicatesse par Clopin qui a avec Esmeralda une relation on ne peut plus saine :

« Esmeralda tu sais
Tu n’es plus une enfant
Il m’arrive maintenant
De te regarder différemment »

Et quelques chansons plus tard, pif paf pouf, t’apprends qu’il s’occupe de la demoiselle depuis sa tendre enfance. Y a pas d’arrière-goût incestueux, c’est ça qui est bien.

Bon je dois avouer que de son côté, Gringoire a le mérite d’y mettre les formes. Mais c’est un poète donc il est un peu hors concours vu que même s’il voulait juste la sauter il arriverait à rendre le tout super romantique :

« Je ne suis pas un homme à femmes
Si tu veux je ferai de toi
Mon égérie, ma muse, ma Dame »

Officiellement, il est même le seul à avoir quelques droits sur la donzelle vu qu’il se retrouve marié à elle pour une histoire d’autorisation à résider sur le territoire (le territoire en question étant la Cour des miracles mais tout de même, il y a un petit côté de déjà-vu). Ce qui n’empêche pas Frollo de s’assurer qu’il n’a pas joui (ahem) du droit conjugal. Et le poète de s’offusquer :

« Je n’me s’rais pas permis. »

C’est surtout qu’elle l’a pas laissé faire oui.

De toutes façons, Clopin, qui décidément sait protéger son territoire, avait bien spécifié à Esmeralda :

« Je te le donne pour mari, mais certes pas pour amant. »

Non mais parce que l’inceste ok, mais faudrait pas non plus pousser jusqu’à avoir des relations sexuelles avec son mari, oh ! Y en a vraiment qui se croient tout permis, j’vous jure.

Frollo est d’ailleurs bien content de cette nouvelle. De son côté, en homme de Dieu, peu habitué à ressentir autant de guilis dans le bas-ventre, il est légèrement perturbé par cette montée subite d’hormones :

« Qui a mis dans mon être ce désir charnel ? »

Du coup il réagit de façon tout à fait rationnelle (c’est ça qui est bien) :

« Elle porte en elle le péché originel. »

Par contre, si ça lui pose problème que Gringoire consomme la petite Esmaralda hors mariage religieux, il n’a aucun problème éthique à lui proposer la vie sauve en échange d’une nuit avec lui (mais c’est pour lui sauver la vie donc c’est pas grave, c’est une bonne action en fait) (y en a qui ont vraiment le sens de dévouement, c’est beau) :

« C’est la tombe ou mon lit. »

Mais Esmeralda est moyennement tentée. Du coup, comme tout homme qui s’est pris un râteau, Frollo réagit avec beaucoup de classe :

« Cett’fille est étrangère
C’est une bohémienne
Une sorcière
C’est une chienne
Une chatte de gouttières
Un animal qui traîne »

(Rien que ça.)

Et d’enchaîner, absolument sûr de lui :

« Il faudrait la mettre en cage
Qu’elle ne fasse plus de ravages »

C’est pas excessif au moins comme réaction. Y a pas à dire, c’est moche un homme frustré.

Mais passons à notre sonneur de cloches préféré. Quasimodo, on voudrait bien dire qu’il est le moins pervers du lot mais BON, apparemment dans sa vie tout a changé depuis qu’il a « posé [ses] yeux sous sa jupe de gitane », ce qui manque un tout petit peu de classe. Enfin contrairement aux autres qui ne pensent qu’à se vider les bourses, il a au moins le mérite de ne pas demander plus que de « glisser [ses] doigts dans les cheveux d’Esmeralda ». Et puis c’est aussi un peu le seul qui ne la trahit pas à la fin donc on va dire que ça peut arriver aux meilleurs (et que celle qui n’a jamais regardé les Tudors juste pour le corps de Jonathan Rhys-Meyers lui jette la première pierre). En plus apparement il y a un lien très fort entre eux puisqu’ils chantent tout de même qu’ils sont « amis à la vie à la mort » (plutôt à la mort d’ailleurs) (Victor Hugo était un sacré boute-en-train).

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Avant de déclarer sa flamme à Esmeralda, Quasimodo s’est entraîné sur les gargouilles, mais apparemment ses mots les laissèrent de marbre.

De toutes façons, la palme du sale gros pervers revient sans la moindre hésitation à Phoebus, qui pour le coup frappe très fort, et ce dès le départ (mais n’est pas Super Gros Pervers qui veut) (c’est du boulot les mecs, faut pas croire). Donc, à peine a-t-il rencontré Esmeralda que pouf, ni une ni deux, il lui propose :

« Demain à la tombée du jour
Je te donne rendez-vous
Au Cabaret du Val d’Amour » (dont il est apparemment un graaaaand habitué)

Alors que dix minutes plus tôt il chantait à sa fiancée (parce que bien sûr qu’il est fiancé) :

« Celui qui t’aimera
Sera un homme heureux

[…]

Ne cherche plus l’amour
Il est là
Il est là pour toujours
Je le crois

Ce sera un beau jour
Que le jour
Où l’on se mariera »

Mais là il pensait probablement à la nuit de noces. Oui parce qu’en fait on se rend très rapidement compte que Phoebus a quelques légères obsessions dans la vie :

« Malgré ses grands yeux noirs qui vous ensorcellent
La demoiselle serait-elle encore pucelle ? »

Et au moment de consommer la belle gitane :

« La volupté
A moi la volupté
De ce corps non encore souillé
[…]
Personne d’autre que moi
Ne mettra les mains sur toi »

(Parce que l’Homme sème aux quatre vents mais ne partage pas.) (Que si Esmeralda osait tromper son mec fiancé à une autre ça ferait un peu d’elle une pute tout de même.)

Et comme il chantait également à sa promise :

« Ton coeur de jouvencelle
Est à moi »

On en déduit que son hobby dans la vie c’est de se taper des vierges (Y en a qui préfèrent le foot mais après tout chacun son truc).

Mais bon, Phoebus a tout de même une conscience, et s’empresse de s’époumoner pour nous expliquer qu’avoir deux femmes à ses pieds, c’est vraiment l’enfer :

« Déchiré
Entre deux femmes que j’aime
Entre deux femmes qui m’aiment

[…]

L’une pour le jour
Et l’autre pour la nuit (pragmatique ce petit)
L’une pour l’amour
Et l’autre pour la vie (charmant)
L’une pour toujours
Jusqu’à la fin des temps
Et l’autre pour un temps
Un peu plus court (A-DO-RABLE)

[…]

Est-ce ma faute si je suis un homme normal ? »

C’est cela, oui.


Spécial kassdédi de Phoebus à sa fiancée qu’il aime grave.

Et puis soudain, car l’homme volage est également réputé pour son courage, Phoebus retourne sa veste. Parce que c’est pas tout ça mais il a pas encore eu l’occas de déflorer Fleur-de-Lys (tu le vois le jeu de mot pourri ?) et qu’il serait bien triste de laisser le boulot à un autre :

« J’étais ensorcelé
Dans ma tête dans mon corps
La bohémienne m’avait jeté un sort (comme de par hasard on remarquera que c’était de la faute de la nana)

[…]

L’homme qui te trompait
N’était pas le même
Qu’aujourd’hui celui
Qui te dit « je t’aime » (c’est pas moi c’est mon jumeau maléfique)

[…]

Au fond de moi c’est toi que j’aime encore »

Parce que tu comprends j’avais besoin de ça pour comprendre que c’est toi que j’aime. Et puis de toutes façons maintenant qu’elle n’est plus vierge ça ne m’intéresse plus vraiment.

Pendant ce temps-là, Esmeralda, qui est un peu naïve (mais elle n’a que 18 ans, elle n’a pas encore eu le temps de découvrir la perfidie masculine) croit dur comme fer que monsieur le gros pervers est l’homme de sa vie (que celle qui n’a jamais fait pareil lui lance le premier paquet de kleenex) :

« Il est beau comme le soleil
Est-ce un prince un fils de roi
Je sens l’amour qui s’éveille
Au fond de moi (ça s’appelle du désir ma grande)

[…]

Ma merveille, mon homme à moi
Il me prendra dans ses bras
Et pour la vie il m’aimera »

C’est beau la naïveté. Mais bien sûr Esmeralda est une indécrottable romantique et pendant que son tendre « amour » la condamne à mort sans remords pour sauver son mariage elle s’inquiète de sa santé (c’est con une fille amoureuse) et chantonne encore :

« Phoebus
Si par bonheur il n’est pas mort
Dites-lui que je l’aime encore (il s’en fout il a trouvé quelqu’un d’autre à déflorer)

[…]

Si tu m’entends viens me sauver
Viens leur crier la vérité »

Fleur-de-Lys, bien qu’un chouïa plus jeune, a bien mieux compris la leçon et ne s’en fera plus compter. Sauf qu’à l’époque fallait pas trop envisager de divorcer, et puis annuler un mariage parce que ton mec était infidèle ? Pourquoi pas aussi parce qu’il refuse de faire la vaisselle tiens !

Aussi se contente-t-elle de bien faire comprendre à son soldat qu’elle ne se fait plus trop d’illusions à son sujet :

« Ou bien n’es-tu qu’une raclure
Un animal de luxure
Qui court à l’aventure ?
Y a-t-il un cœur sous ton armure ?

[…]

Tes mots d’amour sont des injures
Tes serments sont des parjures »

D’ailleurs elle n’a jamais été complètement dupe car elle chantait dès le départ :

« C’est un voyou un soldat
Quand il me serre contre lui
Je voudrais fuir mais je ne puis »

(Aucune d’entre vous ne se sent concernée par ces paroles ? Bande de menteuses.)

BONUS : Lu sur internet à propos de Fleur-de-Lys : « Phoebus doit se marier à Fleur-de-Lys, une jeune demoiselle de bonne famille, mais d’une jalousie maladive. »

Et clairement pas justifiée, compte tenu du comportement on ne peut plus correct de son fiancé.

En tous cas c’est bien de voir qu’entre 1482 et 2015, au fond, rien n’a changé.

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